IND-UT-141

Fiche CEE IND-UT-141 : financer une chaudière électrique industrielle

Par Bertrand Chamois, ingénieur énergéticien. Vérifiée le sur l'arrêté du 1er septembre 2026 publié au Journal officiel.

Remplacer une chaudière gaz par une chaudière électrique industrielle ouvre droit, depuis le 5 septembre 2026, à des certificats d'économies d'énergie forfaitaires : 8 600 000 kWh cumac par MW installé, multipliés par une bonification qui peut atteindre ×3 sous 10 MW. La condition centrale est une électrification totale de la production de vapeur, d'eau surchauffée ou de fluide thermique à plus de 110 °C.

Synthèse de la fiche

  • Objet : remplacer totalement les chaudières à combustible d'un site (gaz naturel, propane, biogaz, fioul, charbon, coke) par une ou plusieurs chaudières électriques neuves.
  • Fluide produit : vapeur d'eau, eau surchauffée ou fluide thermique à plus de 110 °C.
  • Puissance : chaudières à combustible du site < 20 MW avant travaux, chaudières électriques < 20 MW après.
  • Calcul : 8 600 000 kWh cumac par MW installé, multiplié par une bonification dégressive de 3 à 1 jusqu'à 10 MW.
  • Obligations : étude préalable de dimensionnement, mesure de la température ou de la pression du fluide, contrôle sur site de 100 % des opérations.
  • Période : opérations engagées à partir du 5 septembre 2026. Durée de vie conventionnelle : 22 ans.

Jusqu'alors, électrifier une chaufferie vapeur ne relevait d'aucune fiche standardisée : il fallait passer par une opération spécifique, longue à instruire. La fiche IND-UT-141, créée par l'arrêté du 1er septembre 2026, découle de la mesure n° 20 du plan d'électrification des usages présenté par le gouvernement le 23 avril 2026, qui annonçait cette fiche « dès juillet 2026 ». Elle finance la sortie complète des combustibles sur les besoins de chaleur industriels à haute température. Le principe est simple : un forfait par MW installé, une bonification qui avantage les petits projets, et des exigences de preuve lourdes, puisque chaque opération est contrôlée sur site.

L'opération financée

La fiche finance la mise en place d'une ou plusieurs chaudières industrielles neuves dont le vecteur énergétique est l'électricité, pour produire un fluide caloporteur à plus de 110 °C. Ce fluide peut servir aux procédés industriels, à l'eau chaude sanitaire et au chauffage des locaux, sur le périmètre du site. Deux situations ouvrent droit aux certificats :

  • Site existant : remplacement total des chaudières à combustible qui alimentent le fluide caloporteur par une ou plusieurs chaudières électriques.
  • Site nouveau, extension ou nouveau besoin de chaleur : installation directe de chaudières électriques, sans chaudière à combustible.

Le texte définit trois technologies de chaudière électrique : à jet, à électrodes ou à thermoplongeur. Une fois l'opération engagée, aucune chaudière à combustible ni biomasse ne doit être installée pour alimenter le réseau concerné, sauf à des fins de secours, pendant toute la durée de vie conventionnelle de 22 ans.

Ce qui est exclu

  • L'hybridation : remplacer une partie seulement des chaudières à combustible, ou ajouter une chaudière électrique à côté d'une chaudière gaz existante. C'était la principale demande de la consultation publique ; le gouvernement l'a écartée « dans un premier temps ».
  • Les générateurs hybrides qui combinent un brûleur et un thermoplongeur dans la même unité de chauffe.
  • L'ajout d'un équipement électrique directement sur le corps d'une chaudière à combustible existante.
  • Les sites qui comportent au moins une chaudière biomasse, même si elle est complémentaire.
  • Les besoins à 110 °C ou moins (eau chaude basse température), qui relèvent plutôt des pompes à chaleur, par exemple IND-UT-137.
  • Deux opérations sur le même site engagées à moins de deux ans d'écart.

Conditions de délivrance des certificats

Le seuil de puissance est fixé à 20 MW, avant comme après les travaux. Au total, une opération IND-UT-141 doit cumuler cinq conditions : une installation par un professionnel, ce seuil de puissance, un fluide à plus de 110 °C, une étude préalable de dimensionnement et une instrumentation dont les relevés sont conservés six ans.

CritèreExigence de la fiche
Installateur.Mise en place réalisée par un professionnel.
Chaudières à combustible avant travaux.Puissance thermique nominale totale du site < 20 MW.
Chaudières électriques après travaux.Puissance nominale totale < 20 MW, y compris les chaudières électriques déjà présentes ; en remplacement, pas plus que la puissance remplacée.
Rendement.Chaudière électrique d'un rendement d'au moins 99 %.
Température du fluide.> 110 °C (vapeur d'eau, eau surchauffée, fluide thermique).
Étude de dimensionnement.Obligatoire, datée et signée par le professionnel ou un bureau d'études, remise au bénéficiaire à l'engagement et actualisée si besoin à l'achèvement.
Instrumentation.Dispositif de mesure de la température du fluide (ou de la pression pour la vapeur : au moins 0,5 bar pour 110 °C) ; une valeur moyenne par jour ; relevés conservés 6 ans.
Équipements de secours à combustible.Consignés (vannes et alimentation électrique condamnées, procédure écrite), 500 heures par an au maximum, consommation et heures relevées par un compteur dédié.

L'étude de dimensionnement est la pièce la plus exigeante du dossier : besoins annuels en MWh par usage, puissance maximale et niveau de température de chaque besoin, description des chaudières avant et après travaux, rendement de génération en énergie finale. Nous détaillons son contenu point par point dans le guide dédié : étude de dimensionnement d'une chaudière électrique industrielle.

Combien rapporte une chaudière électrique industrielle en CEE ?

Le volume de certificats d'une opération IND-UT-141 vaut 8 600 000 kWh cumac par MW installé, multiplié par un coefficient de bonification compris entre 3 et 1. Une installation de 2 MW génère ainsi 44,72 GWh cumac, soit environ 400 000 € au prix du marché de mi-2026.

Le forfait

Le volume de base est forfaitaire. Il ne dépend ni des heures de fonctionnement ni du combustible remplacé, seulement de la puissance installée :

kWh cumac = 8 600 000 × P
P = puissance thermique nominale (ou somme des puissances) des chaudières
    électriques installées au titre de l'opération, en MW.

La bonification α

Le volume est ensuite multiplié par un coefficient de bonification, pour les opérations déclarées dans le point d'avancement mensuel. Le projet mis en consultation prévoyait un doublement fixe sous 10 MW. Le texte définitif l'a remplacé par un facteur dégressif de 3 à 1 selon la puissance totale installée, pour soutenir davantage les petits projets :

α = 3 − P / 5   si P ≤ 10 MW
α = 1           si P > 10 MW.
Volume total = 8 600 000 × P × α.

Ordres de grandeur

Les montants en euros ci-dessous sont indicatifs et calculés avec un prix du CEE classique d'environ 9 €/MWh cumac, le niveau observé mi-2026 sur C2E Market et le registre Emmy. Le prix réel dépend du contrat signé avec l'obligé.

Jusqu'à 10 MW, la bonification s'applique.

Puissance installée PCoefficient αVolume (GWh cumac)Prime indicative
1 MW2,824,08≈ 217 000 €
2 MW2,644,72≈ 402 000 €
5 MW2,086,00≈ 774 000 €
7,5 MW1,596,75≈ 871 000 €
10 MW1,086,00≈ 774 000 €

Au-delà de 10 MW, le coefficient vaut 1.

Puissance installée PCoefficient αVolume (GWh cumac)Prime indicative
15 MW1,0129,00≈ 1 161 000 €
19 MW1,0163,40≈ 1 471 000 €

Exemple de calcul pas à pas

Prenons une laiterie qui remplace sa chaudière vapeur gaz par une chaudière à électrodes de 3 MW. Le calcul se fait en trois étapes.

  1. Coefficient de bonification : α = 3 − 3/5 = 2,4.
  2. Volume : 8 600 000 × 3 × 2,4 = 61 920 000 kWh cumac, soit 61 920 MWh cumac.
  3. Valorisation indicative : 61 920 × 9 € ≈ 557 000 €, à confirmer par le contrat avec l'obligé.

Le calcul ne tient compte ni des heures de fonctionnement ni du combustible remplacé : seule compte la puissance thermique nominale réellement installée, qui doit correspondre au besoin établi par l'étude.

Ce que le tableau montre

Avec la bonification, le volume total culmine vers 7,5 MW, puis redescend jusqu'à 10 MW, où α retombe à 1 : un projet de 10 MW reçoit autant qu'un projet de 5 MW. C'est voulu. Selon l'analyse économique de l'administration, le forfait seul couvre 11 à 23 % de l'investissement, et la bonification doit porter les petits projets sans dépasser 40 % de taux de couverture.

N'en tirez pas une règle de dimensionnement. La puissance doit correspondre au besoin établi par l'étude, et le contrôle vérifie que l'installation lui est conforme. L'administration a d'ailleurs annoncé qu'elle serait attentive à toute « survalorisation artificielle de l'opération ».

Comprendre le kWh cumac → · Prix du CEE et aides →

Dossier et preuves

  • Devis dont la date d'acceptation fixe la date d'engagement de l'opération, qui doit être postérieure au 4 septembre 2026.
  • Étude préalable de dimensionnement, datée et signée, remise au plus tard à l'engagement.
  • Preuve de réalisation (facture) : mise en place des chaudières électriques, marques, références et puissances thermiques nominales, et dépose de tous les équipements à combustible (hors secours), qui peut aussi faire l'objet d'un document dédié. À défaut, un document du fabricant attestant qu'il s'agit d'une chaudière électrique et donnant sa puissance nominale.
  • Attestation sur l'honneur propre à la fiche : technologie installée (jet, électrodes, thermoplongeur), puissances, usages de la chaleur, absence de biomasse, engagement de conserver les relevés 6 ans, coordonnées de l'auteur de l'étude.
  • Attestation de conservation des équipements de secours, modèle disponible sur le site du ministère chargé de l'énergie, si une chaudière de secours est maintenue.

Contrôle sur site : 100 % des opérations

L'arrêté inscrit IND-UT-141 à l'annexe II de l'arrêté du 28 septembre 2021 relatif aux contrôles, avec un taux de 100 % « sur le lieu des opérations ». Chaque opération est donc contrôlée sur place après l'achèvement des travaux, par un organisme d'inspection, sur les parties visibles et accessibles. Le référentiel liste plus de vingt-cinq motifs de classement « non satisfaisant ». Ceux à anticiper en priorité :

  • Étude de dimensionnement absente, incomplète ou dont l'adresse ne correspond pas au site.
  • Chaudière installée différente de celle décrite dans l'étude ou sur la facture (le rapport joint une photo de la plaque signalétique).
  • Température du fluide inférieure ou égale à 110 °C, ou non mesurée par un dispositif dédié.
  • Dépose des équipements à combustible non documentée.
  • Équipement de secours non consigné, sans procédure écrite, ou dépassant 500 heures par an.
  • Relevés de température, de pression ou de fonctionnement du secours non conservés 6 ans.

Pour le reste du dispositif de contrôle, voir notre page éligibilité et contrôles CEE.

Les trois technologies éligibles

Chaudière à électrodes

Le courant traverse directement l'eau entre des électrodes, et c'est la conductivité de l'eau qui produit la chaleur. C'est la technologie des fortes puissances. Elle demande un traitement d'eau rigoureux (voir IND-UT-125).

Chaudière à jet

Variante de la chaudière à électrodes : l'eau est projetée en jets sur les électrodes, ce qui permet de moduler la puissance en faisant varier le débit projeté.

Chaudière à thermoplongeur

Des résistances immergées chauffent le fluide. Solution courante sur les petites et moyennes puissances, et pour les fluides thermiques.

Quelle que soit la technologie, la fiche exige un rendement d'au moins 99 % et interdit toute combinaison avec un brûleur dans la même unité.

Chaudière électrique ou pompe à chaleur haute température ?

Une pompe à chaleur industrielle restitue plusieurs kWh de chaleur par kWh électrique consommé (COP de 2,4 à 5,8 selon l'écart de température à franchir), alors qu'une chaudière électrique en restitue au mieux un. Sa limite est la température : les PAC haute température courantes montent jusqu'à 120 °C environ, et les modèles « très haute température » atteignent 145 °C.

  • Besoins sous 110 °C : exclus d'IND-UT-141. L'administration a gardé ce seuil pour éviter tout recouvrement avec les pompes à chaleur et le solaire thermique.
  • Chaleur fatale disponible : la PAC de rehausse de chaleur fatale (IND-UT-137) valorise des rejets tièdes et consomme bien moins d'électricité.
  • Vapeur au-delà de 120-145 °C : la chaudière électrique reste la solution d'électrification directe, et IND-UT-141 la seule fiche standardisée qui la finance.

Le plan d'électrification des usages prévoit aussi un soutien renforcé aux pompes à chaleur industrielles et aux compresseurs mécaniques de vapeur. Sur un site aux besoins étagés, l'étude de dimensionnement est le bon moment pour comparer ces options et choisir la voie de décarbonation la plus sobre en électricité.

Points de vigilance avant de s'engager

  • Raccordement électrique : plusieurs MW de chaudières électriques modifient l'abonnement de puissance du site. Les contraintes de raccordement sont d'ailleurs l'un des freins cités par la filière pendant la consultation. Interrogez votre gestionnaire de réseau avant de signer le devis.
  • Coût d'exploitation : la prime couvre une partie de l'investissement, pas l'écart de prix entre l'électricité et le gaz. Faites le bilan sur la durée de vie, avec votre profil de consommation et vos contrats d'énergie.
  • Chronologie : l'étude doit être datée et remise au plus tard à l'acceptation du devis. Une étude produite après coup fait échouer le contrôle.
  • Sortie totale des combustibles : sur un site à plusieurs réseaux vapeur indépendants, l'étude porte sur le réseau électrifié. Sur ce réseau, plus aucune chaudière à combustible ne doit fonctionner hors secours pendant 22 ans.
  • Récupération de chaleur existante : économiseurs et condenseurs (IND-UT-104, IND-UT-130) n'ont plus de fumées à valoriser après électrification : intégrez cette perte de récupération dans le bilan.

Calendrier réglementaire

DateÉtape
23 avril 2026 :Plan d'électrification des usages : la mesure n° 20 prévoit de soutenir les chaudières électriques industrielles par les CEE.
17 juillet → 7 août 2026 :Consultation publique sur le projet d'arrêté (12 contributions).
1er septembre 2026 :Signature de l'arrêté créant la fiche, son référentiel de contrôle et sa bonification.
4 septembre 2026 :Publication au Journal officiel (JO n° 206).
5 septembre 2026 :Entrée en vigueur : premières opérations engageables.
1er septembre 2031 :Fin de la période d'engagement prévue par la fiche.

La fiche n'apparaît pas encore dans le calculateur de l'ADEME ni dans le catalogue consolidé du ministère, qui datent d'avant sa création. Le texte de référence est l'arrêté publié au Journal officiel. Suivez les évolutions sur notre page mises à jour des fiches CEE.

En résumé

Une chaudière électrique industrielle est éligible à IND-UT-141 si elle remplace toutes les chaudières à combustible d'un réseau à plus de 110 °C, sur un site de moins de 20 MW. Le volume de CEE ne dépend que de la puissance installée, et la bonification favorise les projets de moins de 10 MW. Tout se joue sur l'étude de dimensionnement et sur le contrôle à 100 %, qui ne tolèrent aucun écart entre l'étude, la facture et l'installation.

Vous préparez l'électrification d'une chaufferie ? Contactez-nous pour vérifier l'éligibilité de votre projet et chiffrer les certificats avant de signer le devis.

Questions fréquentes

Depuis quand la fiche IND-UT-141 est-elle applicable ?
Depuis le 5 septembre 2026, pour les opérations engagées à partir de cette date. La date d'engagement est en pratique la date d'acceptation du devis.
Peut-on garder une chaudière gaz et ajouter une chaudière électrique ?
Non, pas au titre d'IND-UT-141 : l'électrification doit être totale. Seuls des équipements de secours consignés, limités à 500 heures par an, peuvent être conservés.
Comment se calcule le volume de CEE ?
8 600 000 kWh cumac par MW installé, multiplié par α = 3 − P/5 jusqu'à 10 MW (α = 1 au-delà). Pour 2 MW : 8 600 000 × 2 × 2,6 = 44,72 GWh cumac.
Une chaudière électrique à eau chaude basse température est-elle éligible ?
Non : le fluide doit dépasser 110 °C. Pour les besoins plus bas, regardez les pompes à chaleur haute température et la valorisation de la chaleur fatale.
Un site équipé d'une chaudière biomasse peut-il en bénéficier ?
Non : les sites qui comportent au moins une chaudière biomasse sont exclus.

Sources officielles